Tout savoir sur la biologie des écorces...

Qu’est ce qu’une écorce ? Quelle est son origine ? À quoi sert-elle pour l’arbre ? Tous les arbres perdent-ils leurs écorces ? Pourquoi certaines écorces sont si colorées ? Pourquoi existe-t-il autant d’écorces différentes ? Quelles sont les utilisations que l’homme peut en faire ?...vous trouverez dans les pages suivantes les réponses à toutes ces questions. Cela vous permettra de mieux comprendre la complexité de cette structure et l’importance capitale de cette véritable peau pour les arbres.

Le mot écorce est aussi utilisé ici pour désigner l’épiderme externe de certaines herbes géantes (palmiers, fougères, bambous et autres monocotylédones arborescentes) même si cette structure reste bien différente de celle des arbres.

Formation et composition de l'écorce

L’écorce est une structure complexe en constante évolution. Elle est issue d'une assise de cellules dites méristématiques (ou embryonnaires) appelée cambium, qui assurent la croissance en épaisseur de l’arbre. Les cellules se divisent pour donner, en simplifiant, deux types de tissus : vers l'intérieur du tronc, le cambium donnera le xylème secondaire (ou bois), et vers l'extérieur de l'assise, il donnera du phloème secondaire (ou liber) constituant ainsi l’écorce interne. Le cambium est donc la limite entre l'écorce et le bois.

Une autre assise de cellules méristématiques se forme dans une partie plus périphérique de l'écorce, c'est l'assise subero-phellodermique (ou phellogène) à l’origine de l’écorce externe. Vers l'extérieur, elle produit du suber (ou liège) imperméabilisant les cellules qui vont rapidement mourir pour former l’écorce telle que nous la percevons. Vers l'intérieur, elle produit du phelloderme, tissu souvent riche en chlorophylle.

Finalement, l'écorce d'un arbre est constituée de cellules et tissus vivants (assises méristématiques, phloème et phelloderme) et de structures faites de cellules mortes appelées rhytidomes.

Rôles fondamentaux de l’écorce

L'écorce est un élément vital pour les plantes ligneuses :

- Rôle de protection : l'écorce assure avant tout une protection du cambium contre les agressions physiques engendrées par le feu, le froid, les rayons Ultra Violets, les animaux... Le liège du chêne ou l'écorce épaisse du séquoia formes des barrières très efficaces. L’écorce sert également de protection physico-chimique contre les insectes, et autres parasites en stockant des substances de défense comme le latex et la résine par exemple.

- Rôle nourricier : la sève brute, venant des racines, est riche en eau et éléments minéraux. Elle transite dans le bois via le xylème secondaire. La sève élaborée, riche en assimilas de la photosynthèse, provient des feuilles. Elle est véhiculée dans toutes les parties de l'arbre par des tissus conducteurs de l’écorce appelés phloème secondaire ou liber.

- Rôle de purification : les substances nocives au bon fonctionnement du métabolisme de l'arbre (tannins, résines, mucosités cristaux) sont évacuées dans l'écorce qui meurt et va se détacher progressivement du tronc. C’est aussi la possibilité pour certains arbres de s’auto nettoyer en se débarrassant de certains épiphytes (mousses, lichens, orchidées…).

Tous les arbres perdent-ils leur écorce ?

La faculté de perdre ou non son écorce est directement liée à la structure même de celle-ci. Tout dépend donc de l’espèce.

La grande majorité des arbres indigènes de nos forêts ont des écorces qui semblent ne pas bouger dans le temps. Ils développent un rhytidome (écorce externe, morte) dit écailleux formant ainsi des écorces plus ou moins épaisses issues de l’accumulation, année après année, d’écailles de formes très diverses (mélèze, chêne, épicéa, pin…). Les pressions engendrées par la croissance en épaisseur de l’arbre vont faire apparaître progressivement des fissures, des sillons ou des crevasses. En vieillissant, certaines plaques fragilisées peuvent malgré tout se détacher du tronc.

En revanche, les arbres possédant un rhytidome dit annulaire, vont avoir tendance à perdre leur écorce régulièrement sous formes de lambeaux (bouleau, eucalyptus, arbousiers…). Comme la mue d’un serpent, en grandissant, ces arbres vont produire une écorce fine qui va avoir tendance à se détacher du tronc. Cette desquamation, étroitement liée aux saisons, est plus ou moins marquée suivant les espèces. Elle peut être extrêmement rapide : en période chaude et desséchante, un arbousier de Grèce adulte (Arbutus andrachne) peu se desquamer entièrement en quelques jours.

Pourquoi les écorces sont-elles colorées ?

On comprend aisément le rôle des couleurs des fleurs, des fruits et des graines étroitement impliquées dans la reproduction des végétaux. Mais quel intérêt auraient les arbres à colorer leurs troncs et leurs branches en vert, en rouge, en jaune, ou parfois même en bleu ? Cela reste encore une énigme pour de nombreux botanistes.

On peut toutefois trouver quelques explications pour la coloration des écorces de quelques espèces caractéristiques. La coloration cannelle de l’écorce du séquoia s’explique par une forte teneur en tanin. Pour certaines plantes dites xérophytes, l’écorce verte est due à l’accumulation de la chlorophylle dans ses parenchymes. Ainsi, en saison sèche, l’arbre perd ses feuilles pour limiter les pertes en eau et l’écorce prend ainsi le relais pour réaliser la photosynthèse. L'arbre bouteille du Queensland (Brachychiton rupestris) ou le bois bouchon à écorce de papier (Commiphora marlothii) en sont de beaux exemples.

Il faut savoir enfin que pour une même espèce, la couleur des troncs peut changer en fonction de nombreux paramètres : l’âge, la période de desquamation, l’orientation par rapport aux rayons du soleil (les arbres peuvent prendre des coups de soleil !!) ou encore les conditions pédologiques et climatiques (une hygrométrie importante va saturer les couleurs et renforcer les contrastes).

Pourquoi une si grande diversité d'écorces ?

Le royaume des arbres est immense, on recense plus de 100 000 espèces avec chacune des particularités au niveau de leur bois et autant d'écorces différentes. Cette diversité morphologique peut s'expliquer aussi en partie par la capacité des arbres à s'adapter et à répondre à une modification de leur environnement.

L’écorce épineuse de nombreux acacias décourage la plupart des herbivores de venir les brouter. Le séquoia géant (Sequoiadendron giganteum), le niaouli (Melaleuca quinquenervia) ou le chêne-liège (Quercus suber) ont une écorce très épaisse les protégeant du feu. Le tabaquillo (Polylepis australis) ou les bouleaux (Betula sp.) ont des écorces en mille-feuilles jouant le rôle d’isolant pour se protéger du froid. D'autres encore doivent se défendre contre les agressions des parasites et autres insectes en libérant des substances nocives (latex, résine) à la moindre blessure.

De ce fait, il est très difficile d'établir une typologie exhaustive des écorces mais on peut distinguer une quinzaine de catégories : les écorces lisses, plissées, légèrement fissurées verticalement ou horizontalement, fortement crevassées, liégeuses, fibreuses, à textures entrelacées, papyracées, écailleuses, à plaques rectangulaires, à lenticelles, à épines, à fleurs et à fruits, etc.

Les 2 écorces les plus exploitées au monde

Typiquement méditerranéen, le chêne-liège (Quercus suber) produit en abondance une écorce externe riche en suber : le liège. C’est un matériau naturel noble extrêmement isolant. Récolté pour la première fois sur le tronc, le liège dit ‘mâle’ est de qualité médiocre. Il est surtout utilisé pour les panneaux d’isolation. Une douzaine d’années plus tard, le nouveau liège formé dit ‘femelle’ est de bien meilleure qualité et beaucoup plus homogène. Il servira à la fabrication des célèbres bouchons. La levée de l’écorce peut se répéter une douzaine de fois durant toute la vie du chêne.

De la Chine à la Méditerranée, des papyrus égyptiens à la bible, l’écorce de cannelle (Cinnamomum verum) a imprégné depuis des millénaires l’histoire souvent tumultueuse de bien des civilisations, servant à la fois, de parfum, de remède et d’épice. La récolte se fait à la saison des pluies, lorsque l’écorce interne s’enrichit en arômes et se détache plus facilement du bois. Une fois séchée, elle formera les bâtonnets de cannelle semblables à de petites cannes. Le cannelier de Ceylan, à l’écorce fine, au parfum doux et subtil, se cultive essentiellement au Sri Lanka.

Les écorces et leurs multiples utilisations

De par leurs grandes diversités, les écorces des arbres sont utilisées dans des domaines d'exploitation extrêmement variés.

- Applications médicales :
Parmi les cas les plus célèbres nous pouvons citer celui de l’aspirine (Acide Acétyle Salicylique), dérivé de la salicine, une substance que l'on retrouve en abondance dans les écorces des arbres de la famille des Salicacées (saules et peupliers essentiellement). Il suffit par exemple de laisser infuser quelques morceaux séchés d’écorces de saule pour préparer un breuvage naturel soignant les maux de tête ou les rhumatismes.
L'écorce du quinquina (Cinchona officinalis) fut longtemps utilisée comme remède contre le paludisme. Elle contient en grande quantité de puissants alcaloïdes comme la quinine et la quinidine.
Les femmes Vezos, une tribu du sud-ouest malgache, ont l’habitude de protéger la peau de leur visage contre les agressions du soleil en préparant une mixture faite à base d’eau et d’écorce d’un ficus local (Ficus grevei).
L’écorce de baobab (Adansonia sp.) est vendue dans certains marchés malgaches sur les étals des plantes médicinales. Tout comme le fruit, l’écorce est riche en calcium. Elle se prend en décoction pour lutter contre le diabète, soigner les problèmes d’estomac en diminuant l’acidité gastrique ou favoriser la montée de lait pour les femmes enceinte.

Autres utilisations

- Applications dans la construction :
Les écorces ont des proportions de fibres élevées, que l'on utilise pour fabriquer des panneaux de fibres, de particules ou encore des plaques isolantes. Le liège du chêne-liège (Quercus suber) est un produit naturel extrêmement isolant, quasiment impossible à reproduire industriellement avec les mêmes qualités techniques.

L’écorce à papier très isolante des cajeputiers (Melaleuca sp.) est souvent utilisée par les aborigènes australiens pour confectionner leurs abris. Les Kanaks de Nouvelle-Calédonie font de même pour fabriquer les cases traditionnelles avec l’écorce du niaouli (Melaleuca quinquenervia).

L’écorce du bouleau à papier (Betula papyrifera) est une matière première qui fut très utilisée par les Indiens d’Amérique pour la fabrication des canots, des tipis et de nombreux containers et objets artisanaux locaux.

- Applications horticoles :
L'écorce de certains arbres (celle du pin parasol par exemple) est souvent utilisée dans les divers produits horticoles comme compost, substrat à orchidées, pour la réalisation des taillis et de certains amendements.

Autres utilisations

- Secteur du textile et de l'artisanat :
Certains arbres communs comme le tilleul ont des écorces dont le liber (écorce interne) est riche en fibres longues appelées ‘teilles’. Après traitement, l'écorce fournit des fibres textiles utilisables en vannerie ou pour confectionner des cordes, des nattes et même des vêtements.
De nombreux indigènes en Mélanésie, en Afrique Centrale ou encore en Amérique du Sud confectionnent de véritables étoffes végétales appelées ‘tapas’. Ce sont principalement les fibres du liber du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) ou de certains Ficus que l’on va extraire de l’écorce puis battre sur un tronc d’arbre dur afin d’obtenir l’épaisseur souhaitée.

Certaines écorces sont traitées pour ensuite produire de véritables feuilles de papier. Le papier Antemoro est un papier traditionnel malgache fabriqué encore à partir d’écorce d’havoha. Bouillies pendant 4 heures de temps, les fibres sont battues pour obtenir une pâte que l’on va tremper dans l’eau et étaler sur un moule. Encore collante, la feuille de papier ainsi obtenue est décorée à la main avec des fleurs naturelles. Une journée au soleil suffira pour la sécher.

De nombreuses substances comme les tannins sont extraites des écorces pour la coloration (écorces tinctoriales) de tissus et d'objets artisanaux ou pour tanner les peaux. Le tannage est une technique ancestrale datant de plus de 5000 ans qui se base sur la réaction chimique des tannins avec le collagène pour transformer la peau en cuir. La coloration et l'odeur du cuir peut varier suivant le process et l'écorce choisie. On retrouve surtout les tanins dans l'écorce interne des chênes, des acacias, des sapinettes, des bouleaux ou des palétuviers.

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